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Arnaques sur le web: un expert vaudois tire la sonnette d’alarme

FRAUDES Le nombre de plaintes concernant la cybercriminalité explose en Suisse. Un spécialiste dont l’entreprise est basée à Bussigny appelle à la prudence.

PHILIPPE MASPOLI
Publié le 27 mai 2006

SPÉCIALISTE: St éphane Schwarz , qui s’occupe de création et d’hébergement de sites   web, en a vu des vertes et des pas mûres: «Avant toute opération engageant des données personnelles ou un paiement, il faut vérifier, s’informer, être attentif.» / PATRICK MARTIN
SPÉCIALISTE: Stéphane Schwarz, qui s’occupe de création et d’hébergement de sites web, en a vu des vertes et des pas mûres: «Avant toute opération engageant des données personnelles ou un paiement, il faut vérifier, s’informer, être attentif.» / PATRICK MARTIN

En matière d'arnaques, l'imagination des fraudeurs semble sans borne, tout comme la crédulité et la naïveté de leurs pigeons. Sans compter le fait qu'internet décuple aujourd'hui les possibilités. La dernière a fleuri en Suisse romande avec le printemps. Un Jurassien a fait officiellement enregistrer les logos «Bienvenue» et «Accueil». Au nom de cette protection assurée pour dix ans, il a envoyé à des dizaines de propriétaires de sites utilisant les mêmes termes une facture de 170 francs, soit 17 francs par année. «Cette arnaque, c'est la moins courante, la plus jolie. C'est la première fois que je vois ça en Suisse. Et elle n'est même pas attaquable», relève Stéphane Schwarz, dans son atelier de Bussigny rempli de matériel informatique et de manuels sur la lutte contre les virus et les crackers (casseurs de codes d'accès).

Indépendant depuis plus de huit ans, cet ancien détective privé et professeur d'informatique dans une école privée en a vu des vertes et des pas mûres avec sa petite entreprise SCS'in, qui, entre autres, s'occupe de création et d'hébergement de sites web. «Avant toute opération engageant des données personnelles ou un paiement, il faut vérifier, s'informer, être attentif», dit-il. Une de ses clientes a reçu la missive de la société «Bienvenue-Accueil» et l'a alerté. «Elle n'a rien versé car je l'avais renseignée en lui affirmant qu'elle n'aurait plus rien à payer pour son site», explique Stéphane Schwarz.

Ces conseils de prudence, il ne faudrait surtout pas les poubelliser, car les chiffres montrent une augmentation spectaculaire de la criminalité sur le web. En 2004, les cyber-détectives de la police fédérale ont dénombré 438 cas suspects qu'ils ont transmis aux autorités pénales cantonales, contre 100 en 2003. «Ça augmente chaque année», affirme Danièle Bersier, à la police fédérale. Les internautes sont de plus en plus sensibilisés: les annonces à la police de contenus anormaux ont atteint en 2005 le chiffre record de 7345.

Justice démunie

Lorsque le mal est fait, la justice est souvent démunie. Les fraudeurs sont souvent à l'étranger. «Il y a peu de possibilités de poursuites judiciaires, sauf s'il existe un lien avec la Suisse», explique Danièle Bersier. Mais même lorsque l'arnaqueur se trouve sur le sol helvétique, ce n'est pas gagné pour le pigeon. L'histoire de «Bienvenue-Accueil» est exemplaire. L'Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IPI), qui enregistre les marques, a reçu une trentaine d'appels, mais n'a pu agir que préventivement pour faire cesser ces agissements. Il n'a pas de compétence pénale. En outre, il n'est pas aisé de démontrer qu'il y a bien une escroquerie, car il faut prouver l'existence d'une astuce.

Le juge vaudois Jean Treccani dénonce cet obstacle depuis belle lurette: «Nous sommes très en retard par rapport aux arnaques modernes. Et le monde politique n'en a pas conscience.»

S'informer sur le web: www.cybercrime.admin.ch et www.melani.admin.ch (deux sites fédéraux); www.e-prevention.ch (site géré par Pascal Seeger, spécialiste indépendant)

Le coup du chèque trop beau fait des ravages chez les naïfs

 

G.-M.B.

Dernière alerte en date: l'arnaque à l'achat sur internet, notamment de véhicules. Une vingtaine de cas ont été recensés par la police vaudoise depuis le début de l'année. Mode opératoire particulièrement redoutable: la victime est le vendeur. Dès qu'ils découvrent l'objet proposé sur internet, des malfrats lui expédient un chèque sans provision à l'entête d'une banque étrangère, généralement anglo-saxonne, d'un montant volontairement supérieur à la somme demandée. Ils veulent ainsi faire la preuve de leur totale bonne foi. Le vendeur est cependant invité à renvoyer la différence via un organisme de transferts de fonds. Comment agiriez-vous à sa place? Vous iriez avant toute chose faire virer le montant du chèque sur votre compte. Aucun problème. La banque va vérifier, mais entre-temps vous crédite de l'argent avec la mention «sauf bonne fin». Ce qui signifie qu'au cas où le chèque serait en bois, elle reprendrait ses billes. La vérification peut prendre plusieurs semaines. Si entre-temps vous avez rendu la différence… pas besoin de faire un dessin.